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Pays de mystères et de légendes,
la cité angloise abrite une bien étrange histoire
: la légende de " la bête qui mangeait la beauté
des filles d'Angles ". Surmontant fièrement le fronton
de l'église, d'aucun révèle
qu'elle toise encore le passant d'un regard inquisiteur à
la recherche de proies improbables. Entre réalité
et imaginaire, il ne subsiste aujourd'hui qu'une légende
qui raconte les méfaits d'une malebête dont les habitants
n'ont jamais su si elle était un véritable ours malfaisant
ou une incroyable créature démoniaque. D'ailleurs,
vous ne verrez que peu d'entre eux lever les yeux au ciel pour détailler
la morphologie de l'angoissante chimère, leurs regards évitant
de croiser celui d'une malebête qui, aujourd'hui encore, inspire
à la fois crainte et respect
"... Une méchante bête, faite comme
une grande ourse, mais trois fois plus grosse, ravageait les environs
du bourg d'Angles. Elle faisait sa résidence, non loin d'un
gué très fréquenté, dans une grotte
qu'ombrageait un figuier, et surveillait de là tout ce qui
se passait aux alentours. Les vieux hommes et les vielles femmes
pouvaient impunément se montrer à petite distance
de sa dent. Mais malheur aux bachelers et aux jeunes filles qui
s'aventuraient à demi-lieue à la ronde, ils étaient
impitoyablement dévorés. Son repas achevé,
la bête allait baigner sa longue fourrure dans le ruisseau
voisin, qui, depuis, a reçu le nom de Troussepoil. Vainement,
on avait cherché à délivrer la contrée
de ce fléau ; vainement les moines de Fontaines et de Talmond,
ainsi que tous les curés du voisinage, sans parler du légat
du Pape, avaient voulu s'en mêler, ils s'étaient adressés
à plus fort qu'eux, parce qu'ils n'étaient pas assez
purs. Un avait embrassé une fille, le matin, avant de tenter
l'entreprise : un autre avait bu quatre chopines passé minuit
; un troisième, c'était le légat, avait cassé
la tête d'un vilain, qui avait voulu baiser les pieds de sa
mule. Un abbé d'Angles n'avait, au contraire, jamais regardé
les joues des filles avec envie, il ne buvait que de l'eau claire,
et, depuis trente ans au moins, on ne pouvait l'accuser d'avoir
administré la moindre volée de coups de trique au
plus chétif de ses vilains.
Donc, voyant que tous y perdaient leur latin, cet homme d'une piété
exemplaire se décida à tenter lui-même l'aventure.
Mais, avant de s'exposer à un si grand péril, il passa
cinq jours et cinq nuits dans le jeûne et la prière.
Au bout de ce temps, il alla résolument trouver le monstre
dans son marais, le jeta d'un signe de croix à ses pieds
et le rendit aussi doux qu'un agneau, rien qu'à le toucher
du bout de son bâton pastoral. Une demi-heure après,
il arrivait, suivi de la bête, sur la cohue d'Angles, au milieu
de la foule des paysans à la fois épouvantée
et joyeuse, qui clamait de toutes ses forces : " Miracle !
Miracle ! Gloire à Dieu ! Miracle ! " - Il n'y eut que
les filles du bourg, naturellement folles comme des linottes, qui,
au lieu de remercier l'abbé de les délivrer d'un pareil
danger lui dirent en le gouaillant : " Dompis quand, père
Martin, êtes-vous berger du diable ? ". L'abbé
se contenta de les regarder de travers, et, touchant de nouveau
la bête de sa crosse de bois, lui ordonna de gravir le long
du pignon de l'église. Lorsqu'elle fut parvenue au sommet,
il fit un signe de croix, ce qui la changea du coup en pierre. Puis
il lui cria : " Tu ne vivras désormais que de la beauté
des filles d'Angles ! ". Aussitôt dit, aussitôt
fait, les bachelères assemblées sur la cohue se sentirent
devenir laides, rien qu'à voir les yeux des garçons
se détourner d'elles, et, à dater de ce jour, l'ourse
a toujours eu le ventre gros comme une barrique, tant elle a tondu
de près sa nourriture ; ce qui n'a point empêché
les filles du bourg de courir après les hommes, tout aussi
vite qu'avant leur malheur.. "
Epilogue
Vous l'avez compris, la malédiction était
terrible : à chaque baptême, le visage angélique
de la nouveau-née s'enlaidissait irrémédiablement
si par malheur, ses jeunes quinquets croisaient l'épouvantable
regard d'une malebête avide de fraîche vénusté.
Et comment éviter la malédiction du Père Martin
puisque du haut de son fronton, la bête montait inévitablement
la garde sur l'unique portail de l'édifice ? Cruel dilemme
jusqu'au
jour où les habitants eurent l'idée de génie
de percer une porte latérale, masquée par un fort
pilier de soutènement, trompant ainsi la vigilance de la
bête privée alors à jamais de la délectation
de ses si jolies proies.
Si vous passez dans notre charmant village, n'hésitez pas
à vous arrêter devant notre magnifique église.
D'un il, surveillez la malebête et de l'autre, trouvez
la porte latérale afin de pénétrer en toute
quiétude dans un des plus beaux édifices
religieux de Vendée. Et puis, pendant que vous y êtes,
contemplez les jeunes filles qui s'égaient au coin des venelles
puisqu'on dit que depuis ce temps-là, les filles d'Angles
sont belles, belles à couper le souffle, même de la
plus horrible des créatures du Démon
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