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La Tour de Moricq

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Entre petites venelles et pierres calcaires, le petit village de Moricq, hameau de la commune d'Angles, possède indéniablement un caractère propre, de par son architecture, son histoire et son patrimoine. En effet, Moricq était autrefois un port très actif pour le commerce des grains, lorsque la mer venait encore lécher les proches rivages du bourg. Mais, au fil du temps, l'océan s'est retiré laissant à l'homme le soin de façonner l'un des plus beaux paysages qui soit. De cette époque, vous ne retrouverez que peu de traces, si ce n'est le lieu-dit " le Port de Moricq " et surtout une tour féodale qui domine encore majestueusement toute la partie occidentale du Marais Poitevin : la Tour de Moricq.


Une terre et une mer à défendre

Au XIe siècle, les invasions normandes ne sont pas rares dans le Golfe des Pictons, provoquant de terribles ravages. L'embouchure du Lay était autrement conformée qu'aujourd'hui, Moricq se situant au point de rencontre entre le Lay et l'océan. Quant à Grues, Triaize et St Michel en l'Herm, elles ne sont encore que des îles alors que La Claye, plus en amont, abrite un port important. L'embouchure se doit donc d'être protégée par des points fortifiés de chaque côté : c'est Moric ( l'orthographe moderne Moricq ne date que du XVIIIe siècle) à l'ouest et le Guy (nom actuel sans doute dérivé du Guet) à l'est…
La trace la plus ancienne de l'existence d'une fortification à Moricq remonte à Giraudus de Morech en 1090, vassal de la puissante forteresse de Talmont si appréciée des rois d'Angleterre, les Plantagenêt. A partir de son petit-fils Aimeric en 1170, les historiens ont pu remonter la liste complète des propriétaires successifs jusqu'au XIVe siècle (les familles Lumeau au XIIe siècle et Biron, ou Brun, au XIIIe siècle).
Ensuite, après être tombé dans les biens du prince de Talmont au nom du droit d'aubaine en 1414, ce puissant bâtiment est racheté en 1430 puis reconstruit en 1435 par Régnaud-Girard, homme de confiance du roi Charles VII, maire de la Rochelle et membre d'une des plus grandes familles de la noblesse vendéenne (les Girard possédaient le château de Bazoges ainsi que le magnifique château de la Guignardière à Avrillé). La Tour de Moricq est alors édifiée sur l'ancienne motte féodale et sur les ruines du château fort originel, les voûtes romanes en sous sol l'attestant encore aujourd'hui.
Principalement à usage défensif, elle peut contrôler tout mouvement maritime et fluvial entre l'arrière pays et la Rochelle. A cet effet, le bâtiment situé à 4,50 mètres au dessus du niveau de la mer est protégé par de larges et profonds fossés dont l'accès est défendu par une porte à chicane et un pont-levis piétonnier. De plus, un large couronnement donne naissance aux mâchicoulis autorisant l'envoi de pierres et autres réjouissances brûlantes sur d'éventuels assaillants. Aux angles est, sud et ouest, des échauguettes, outre la surveillance, permettent de disposer de chambres de tir, complétant ainsi de fort belle manière l'arsenal militaire d'une tour stratégiquement essentielle à la défense et à l'économie de toute une région.


Une histoire, des fonctions

Par la suite, la forteresse joue un rôle pendant la guerre de cent ans, terminée en 1453, puis au cours de troubles divers causés par les bretons, par Georges de la Tremoille et par les troupes débandées qui pullulaient alors. Mais en 1491, la région est enfin pacifiée, suite au mariage d'Anne de Bretagne et du roi Charles VIII : la Tour perd son intérêt militaire et sert alors occasionnellement aux protestants pendant les guerres de religion (1565-1628) puis de prison à ces mêmes protestants après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685. Il est à noter que, lors du siège de la Rochelle en 1628, la grosse tour d'angle abritant un escalier à vis aurait été abattue conformément à la politique de démantèlement du Cardinal de Richelieu.
Le domaine passe alors entre diverses mains, notamment celle de Mme de la Taste, femme d'un Maréchal de Camp, qui obtient l'autorisation d'assécher les marais alentours, rétablit le port vers 1730 et donne alors à la Tour une nouvelle fonction : grenier à blé. En se transformant ainsi en silo à grains, elle subit quelques modifications intérieures avec la construction d'un mur de refend formé d'arcades qui permettait d'ajouter des planchers supplémentaires. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le port de Moricq reste actif en demeurant une station importante pour le commerce des céréales mais l'envasement croissant du lit du Lay suite à l'assèchement des marais signe son arrêt de mort dès le début du XXe siècle. Pour la Tour de Moricq, c'est la fin. Elle est abandonnée définitivement par ses propriétaires qui la laissent se dégrader malgré son classement en Monument Historique en 1915…
Ce n'est qu'en 1988 que la commune d'Angles acquiert la Tour, après de longues recherches sur les véritables propriétaires, et lance une restauration de sauvetage avec le concours des services des Monuments Historiques.


Epilogue

Originellement sentinelle à la lisière de la terre ferme puis prison et enfin grenier à blé, la Tour de Moricq a eu beaucoup à souffrir, tout au long de son histoire, des injures répétées du temps et des hommes. Un escalier effondré, une toiture disloquée, la chambre de veille et le dédale du chemin de ronde inaccessibles, des planchers disparus, des cheminées s'étageant dans le vide, des salles voûtées inondées, un trésor introuvable, elle a été transformée, défigurée, torturée…
Mais par on ne sait quel miracle, elle survit et continue encore, à l'abri de son écrin de verdure, de veiller sur un océan fantôme devenu marais. En attendant peut-ête que les Hommes pansent ses plaies et lui accordent une retraite dorée tant méritée…

(Texte réalisé avec la collaboration de Jacques Gorphe et Bernard Chevat)

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Le trésor de la Tour de Moricq

Le Marais Poitevin

Pour situer la Tour de Moricq, cliquez ici

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La Tour de Moricq, réalisée par
un artiste peintre, René Tétart

 


La tour brillant de mille feux
lors d'une soirée "Cinésites"

 

En vente à l'Office de Tourisme :
La Tour de Moricq
de Jacques Gorphe
1992, 25 pages, 8,40 €
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